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Garance, le film portrait de Jeanne Herry 

23 septembre 2026Aucun commentaireLaurianne

Á l’occasion de la sortie ce mercredi 23 septembre de Garance, le quatrième film de Jeanne Herry (Pupille, Je verrai toujours vos visages), qui réunit à l’écran Adèle Exarchopoulos (La vie d’Adèle, L’amour Ouf) et Sara Giraudeau (Le bureau des légendes, Petit Paysan), nous avons pu échanger avec la réalisatrice, scénariste et monteuse du film.

 

Garance suit le parcours d’une jeune femme sur 8 ans « ses épreuves, ses obstacles, ses rencontres, les branches qui se cassent autour d’elles et celles auxquelles elle se raccroche » confie Jeanne Herry. « On me parle souvent de l’alcoolisme dans le film, je n’ai pas voulu faire un film sur l’alcoolisme sinon je me serai documentée, j’aurai parlé de l’alcoolisme de manière plus exhaustive, peut-être de groupes de paroles, etc. Je voulais sortir des films chorales pour faire un film personnage et suivre la vie d’une femme. Son alcoolisme, son histoire d’amour, sont des particularités de sa vie mais le thème principal, c’est l’évolution de cette femme qui existe dans la vraie vie. Je l’ai rencontrée toutes les semaines pendant plusieurs mois pour prendre des notes, elle m’a raconté sa vie que je trouvais inspirante. J’aime ces histoires où les personnages surmontent des épreuves, j’aime l’idée que Garance avance tout le temps et soit tout le temps en mouvement ».

 

Les techniques de cinéma utilisées illustrent d’ailleurs à merveille le film personnage : générique de début qui suit Garance partout dans un long plan peu classique,  les plans serrés pour renforcer l’émotion et ceux cadrés sur la nuque de Garance « pour moi la nuque, c’est à la fois la force et la faiblesse, ce qui nous maintient mais qui reste tellement fragile » partageait la réalisatrice.

 

Apercevoir la lumière au milieu de périodes sombres 

 

Garance est aussi un clin d’œil au film Les Enfants du Paradis où le personnage principal s’appelle également Garance « et parce que je trouvais le prénom un peu rock aussi » sourit Jeanne Herry. Outre le prénom, une réplique et une scène du film de 1945 font leur apparition dans Garance. « J’ai longtemps lutté contre l’évidence qu’Adèle devait faire ce film. Mais comme Arletty en 1945 dans Les Enfants du Paradis, elle est une grande actrice populaire qui a la gouaille de son époque et un charisme fou. Et le parallèle va plus loin, ce sont deux films sur les acteurs. J’ai toujours aimé ce film et trouvé ça beau qu’en 1945, la plus grande production française de l’année soit ce film, qu’à la sortie de la période sombre que l’on venait/était en train de vivre, on parle de théâtre et de spectacle et qu’on se dise : on va faire un grand film sur les acteurs. Cela illustre le pouvoir de la culture, du bonheur d’aller au théâtre, et de se retrouver tous ensemble. Il y a quelque chose de la communion. Et comme on ne vit pas une époque enchanteresse en ce moment au niveau de l’union, je trouve ça important de souligner le bonheur d’être et de faire ensemble, d’aller ensemble au cinéma, de jouer ensemble, comme les acteurs, de chercher la lumière. Et puis, c’est important de montrer ce qu’est vraiment le métier d’acteur et ses difficultés, et encore Garance est une actrice qui travaille, qui est dans une troupe et ce n’est pas le cas de tous. »

 

De la vulnérabilité à la créativité 

 

Dans son discours face aux enfants sur la difficulté du métier d’acteur, Garance lance même « à tous les petits fragiles ici, tous les petits sensibles qui sont dans cette classe, essayez d’en faire quelque chose, parce que ça vaut de l’or, la fragilité, la sensibilité » ce que confirme Jeanne Herry en incitant à faire quelque chose de notre vulnérabilité, à en créer quelque chose, car ces émotions, cette sensibilité, c’est une magnifique matière pour créer.  «  Moi, j’ai de la chance, je peux exprimer dans mes films toutes ces émotions et en faire quelque chose, la créativité, c’est une expression de soi-même, c’est un remède à nos émotions, on ne les laisse pas bloquées, on les transforme ». Avant de poursuivre « tout le monde me parle de cette scène, je pense qu’elle marque grâce au jeu d’actrice d’Adèle qui, d’ailleurs, a voulu la tourner d’abord sans les enfants pour y mettre l’intensité attendue ; au travail du maquilleur aussi qui a réussi progressivement à marquer les conséquences de l’alcool sur le visage d’Adèle ; au texte sur lequel je suis intransigeante, un peu comme au théâtre ; et à l’honnêteté qu’elle traduit. »

 

Jeanne Herry à Lyon en septembre 2026 © Laurianne Ploix

 

Sortir de l’addiction

 

Le film retrace l’installation de l’addiction, son renforcement face aux événements de la vie, le réflexe qu’il devient et les conséquences insidieuses : la place que cela prend dans la vie et l’entourage de Garance, le portrait d’un alcoolisme fonctionnel et féminin.

Pour la réalisatrice, sortir de l’addiction soulève toujours la question de « par quoi je remplace le vide que va laisser l’addiction », elle voulait filmer l’ennui des débuts car « la souffrance physique liée au manque est finalement assez courte dans les thérapies de désintoxication, c’est surtout par quoi on remplace le manque qui met les personnes à l’épreuve, c’est pour ça que tout dépend toujours de la volonté même de la personne ». Elle continue : « Garance décide d’essayer de s’en sortir car comme lui dit le personnage de Pauline (Sara Giraudeau) elle avait des choses à perdre. Dans le film, elle lui dit tu peux décider de ne rien faire et mourir dans très peu de temps ou tu peux décider de te battre pour ne pas perdre ce que tu as à perdre. Pauline la responsabilise, elle ne l’infantilise pas, elle l’aime et l’accompagne. C’est le vrai grand amour, fort, libre où on ne veut pas changer l’autre mais où on harmonise nos contraires. Ces deux féminités très différentes, celle qui a besoin de vie, de monde, de dépendance affective, et celle qui est calme, douce et solitaire, c’était aussi très cinématographique. »

 

Hélène Alexandridis joue l’addictologue aux discours plus tranchés : « C’est une super actrice, qui arrive avec des mots plus forts, plus directs, je voulais qu’elle arrive comme un soulagement et qu’elle dise tout haut ce qu’on a (si j’ai bien réussi mon film) tous envie de dire à Garance, parce qu’on s’y est attachés. Aux avant-premières, les gens rient beaucoup sur ces scènes, elle est cash et au début elle ne croit pas trop en Garance, mais elle aussi la responsabilise, c’est une alliée de plus dans son entourage. »

 

Sans dévoiler la fin du film, Jeanne Herry nous a confié que la femme qui lui avait inspiré Garance s’en est sortie et est abstinente depuis plus de 5 ans, elle a remplacé son besoin d’intensité par le sport « une addiction moins dangereuse » et prouve que malgré les obstacles et les épreuves, on peut toujours espérer et essayer de se construire, progressivement, une vie où l’on se sent mieux.

 

Laurianne Ploix

 

Vous souffrez d’addiction ? Voici quelques ressources pour vous :

https://www.alcool-info-service.fr/

https://www.drogues-info-service.fr/

https://www.joueurs-info-service.fr/

https://www.tabac-info-service.fr

Et le CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) du CHU de Lyon propose un accompagnement gratuit et pluridisciplinaire, vous pouvez les joindre au 04 72 11 78 52.

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