Sur les toits industriels de la métropole québécoise, l’entreprise Fermes Lufa cultive des légumes depuis quinze ans. Deux serres pionnières il y a dix ans, six fermes urbaines aujourd’hui : retour sur une initiative qui a grandi au cours de la dernière décennie.
Un matin de janvier à Ahuntsic, au nord de Montréal. Les déneigeurs ratissent les trottoirs, le mercure frôle les -20 °C. À quinze mètres au-dessus des rues, sur le toit d’un entrepôt, des rangées de tomates et de basilic mûrissent sous la lumière des lampes. La serre ignore l’hiver. Elle a été la première du genre au monde.
Prendre racine au sommet
L’histoire commence en 2009. Mohamed Hage, jeune entrepreneur né à Beyrouth, où l’on jardine volontiers sur les toits, s’étonne en arrivant au Québec : ici, les légumes parcourent souvent des milliers de kilomètres avant d’atteindre les assiettes. Avec Lauren Rathmell, diplômée en biochimie, il fonde Lufa Farms. Le pari : cultiver là où vivent les gens, en recyclant des surfaces urbaines inutilisées.
En 2011, l’entreprise récolte ses premiers légumes dans la toute première serre commerciale sur toit au monde : 2 900 mètres carrés de production hors sol, à Ahuntsic. À l’époque, quarante variétés de légumes desservent environ 200 clients. Une deuxième serre s’élève à Laval en 2013, une troisième à Saint-Laurent en 2017, puis d’autres suivent. En 2020, Lufa Farms inaugure dans ce même arrondissement la plus grande serre commerciale sur toit de la planète : 15 000 mètres carrés. Six fermes urbaines fonctionnent aujourd’hui dans la région de Montréal.
La courbe dit l’essentiel. Il y a dix ans, l’entreprise comptait deux serres pionnières et leurs premiers clients fidèles. Aujourd’hui, elle exploite six fermes, un centre de distribution et un marché en ligne alimenté par des centaines de producteurs. En une décennie, l’agriculture urbaine a quitté le registre du gadget pour celui de l’industrie.
Cultiver plus avec moins
Le modèle repose sur l’hydroponie : …
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